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Participations de S.A.S. le Prince aux COP 21 Paris et COP 22 Marrakech.

  • N° journal 8323
  • Date de publication 31/03/2017
  • Qualité 100%
  • N° de page

Après S'être rendu en 2015 à la 21e « Commission Of the Parties » (COP 21) qui s'est déroulée à Paris du 30 novembre au 11 décembre, S.A.S. le Prince Albert II était à Marrakech au Maroc, du 12 au 15 novembre 2016, afin de participer à la COP 22.
Pour rappel, l'objectif de la 21e Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques était de parvenir à la conclusion d'un accord universel permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C. Plus de 150 chefs d'État ou de gouvernement avaient fait le déplacement et étaient intervenus en tribune afin donner une « impulsion politique » aux négociations.
Lors de la session d'ouverture, S.A.S. le Prince avait rappelé l'engagement de la Principauté dans la lutte contre les changements climatiques :
« Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Chefs d'État,
Madame et Messieurs les Chefs de Gouvernement,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Cette Conférence, COP 21, nous le savons tous, est d'une extrême importance et je remercie la France de l'avoir rendue possible, dans un contexte plus que difficile. Ma gratitude va également à toutes celles et tous ceux qui, depuis des mois, œuvrent à sa préparation.
Je veux aussi rendre hommage à la communauté scientifique pour le travail accompli en quelques décennies dans la connaissance et la compréhension des phénomènes climatiques, des dangers qui menacent et de la manière appropriée de les affronter.
Grâce à ces travaux, nous disposons des moyens scientifiques et techniques d'empêcher un réchauffement supérieur à 2°C, avec ses conséquences pour la Planète, les écosystèmes terrestres et marins et les populations, notamment en termes de santé.
Mais avons-nous la volonté politique que cela impose ? Avons-nous la volonté de mobiliser les moyens financiers requis ? Telles sont les questions qui nous sont posées aujourd'hui et qui appellent, de mon point de vue, deux réponses. Il y a, d'une part, les engagements contraignants que chaque État doit prendre. Et il y a, d'autre part, un changement de modèle énergétique et économique qu'il nous faut préparer ensemble. Chacun doit, à cet égard, agir au plus vite, sur son territoire et avec les moyens nécessaires. La Principauté de Monaco s'est engagée à le faire, depuis qu'elle a ratifié le Protocole de Kyoto. Elle poursuivra son action en ce sens au cours des prochaines décennies. Par une action résolue sur les transports, l'efficacité énergétique des bâtiments mais aussi la valorisation et le tri des déchets, mon pays a déjà réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 13,2 % en 2012 par rapport à 1990\.
À la fin de la première période d'engagement du protocole de Kyoto, Monaco a ainsi réduit ses émissions au-delà des objectifs auxquels il s'était engagé. Il les réduira de 30 % en 2020 pour la deuxième période du protocole de Kyoto et propose un objectif de 50 % à l'horizon 2030\. Notre but est de parvenir ainsi à la neutralité carbone à l'échéance 2050\. Ces engagements, mon pays les tiendra grâce au développement d'une mobilité douce, avec une part accrue de mobilité électrique et de transports en commun propres. Monaco les tiendra aussi par une valorisation des déchets donnant la priorité à une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Monaco les tiendra enfin par une réduction des émissions provenant des bâtiments, de leur chauffage et de leur climatisation, par une démarche constante d'efficacité énergétique et l'élimination progressive de l'utilisation des combustibles fossiles à remplacer par des énergies propres et renouvelables. À cette fin, j'ai décidé la création d'une équipe dédiée à cette question au sein de mon Administration. De tels objectifs, je le sais, seront difficiles à atteindre pour d'autres pays. Je n'ignore pas les impératifs du développement. Et je partage le souci de tout faire pour permettre à tous des conditions de vie satisfaisantes, y compris par la lutte contre les effets des changements climatiques et les déplacements de populations qu'ils impliqueront. Monaco assumera à cet égard sa part de contribution au Fonds Vert pour le Climat. Aujourd'hui, il n'est pas possible de se contenter d'un réchauffement évalué à 2,7°C, car il n'est pas acceptable de bâtir notre prospérité au détriment des générations à venir. Ce qui est maintenant essentiel, c'est de cesser de raisonner sur la base de visions parcellaires et d'intérêts à court terme. Il faut travailler avec les entreprises qui ont ici un rôle essentiel à jouer, ainsi qu'avec les sociétés civiles, les ONG. Nous devons aussi accepter d'assumer une responsabilité globale, qui ne peut se concevoir sans une solidarité nouvelle, en pensant en priorité aux plus vulnérables, à ceux qui viendront après nous.
Il nous faut admettre que chacun de nos actes a un coût écologique et climatique. Nous devons nous en acquitter et ne pas laisser ce fardeau à nos enfants et aux générations suivantes. Pour préserver leur avenir, il n'est d'autre choix que de sortir aussi rapidement que possible d'une économie carbonée. L'économie décarbonée que nous pouvons, que nous devons aujourd'hui construire, sera la source d'une croissance différente. Elle permettra de trouver des ressources nouvelles, de développer des énergies propres, de concevoir un autre avenir pour toute l'humanité. C'est la seule solution. C'est le défi de ce siècle qu'il nous incombe ensemble de relever aujourd'hui.
Je vous remercie. ».
En conclusion de la 21e « Commission of the Parties », l'Accord de Paris a été adopté par les 195 États parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
Cet accord universel et ambitieux marquait une étape historique dans les négociations sur le climat et ouvrait une nouvelle étape positive dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour la première fois l'ensemble des pays de la planète s'unissaient pour faire face aux défis du changement climatique et assumer collectivement leurs responsabilités présentes et futures.  Equilibré, cet accord prenait en compte la justice climatique et fixait un cap. Il posait des bases solides pour le développement d'une économie décarbonée, et pour la mise en place de mesures d'adaptation aux effets du changement climatiques, en particulier pour les pays les plus vulnérables. De plus, le préambule du texte final soulignait également la prise de conscience nécessaire du rôle majeur de l'océan dans la machine climatique et des conséquences du changement climatique sur l'océan et ses écosystèmes.
Après la réussite finale de la conférence précédente, S.A.S. le Prince Albert II S'est rendu à Marrakech au Maroc du 12 au 15 novembre 2016 afin de participer à la COP 22\.
Le Souverain était accompagné de Mme Marie-Pierre Gramaglia, conseiller de gouvernement-ministre de l'Équipement, de l'Environnement et de l'Urbanisme, S.E. M. Bernard Fautrier, vice-président de la Fondation Prince Albert II de Monaco, M. Mustapha Zine, consul général honoraire de Monaco au Maroc, du Lcl Jean‑Luc Carcenac, Son aide de camp, ainsi que des représentants de la Direction des affaires internationales et de la Direction de l'environnement.
Le samedi 12 novembre, accueilli par S.A.R. la Princesse Lalla Hasnaa à l'occasion de la Journée des Océans, S.A.S. le Prince en a prononcé le discours d'ouverture en présence de Mme Ségolène Royal, ministre française de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie et présidente de la COP 21.
« Altesse Royale,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
Je veux vous remercier de nous avoir rejoints pour cette Journée d'action consacrée aux océans, que je considère essentielle. Je veux aussi remercier le Gouvernement marocain et toutes les Autorités qui, avec ma Fondation, ont contribué à l'organisation de cet événement. Au moment d'ouvrir cette Journée, je voudrais vous faire part de ma satisfaction et de mes espoirs.
Bien sûr, nous connaissons tous ici la situation de nos mers et il y a de nombreuses raisons d'être inquiets. Si nous sommes ici rassemblés, c'est d'abord par cette conscience commune des drames qui menacent, des catastrophes en cours et des erreurs multiples que l'humanité a commises depuis tant d'années. Je n'ai pas besoin de revenir sur des problématiques qui seront largement abordées au cours de cette journée.
Au contraire, je voudrais, en introduction à nos travaux, dépasser les inquiétudes pour constater les progrès et souligner les motifs d'optimisme, car il y en a. Cette journée, par sa nouveauté et son importance, nous prouve que les choses évoluent. Année après année, la question océanique prend de plus en plus sa place dans les préoccupations de nos contemporains, ainsi que dans le débat public.
Lors de la COP 21, l'an dernier, à Paris, elle avait déjà fait l'objet d'une attention particulière. Le dernier rapport du GIEC comportait un chapitre dédié aux océans. Un rapport intermédiaire sera prochainement consacré à ceux-ci et à la cryosphère, en partie à l'initiative de Monaco. Son lancement aura lieu dans quelques jours en Principauté.
Par ailleurs, l'ONU a, l'an dernier, affirmé un Objectif de Développement Durable pour les océans, l'ODD 14\. Des débats importants sont actuellement en cours au sein de l'Organisation au sujet de la préservation de la biodiversité au-delà des juridictions nationales.
Dans de nombreux pays et de nombreuses régions du monde, des mesures spécifiques de préservation des océans sont adoptées. Ainsi, un accord essentiel vient d'être trouvé au sujet de la mer de Ross, pour laquelle je me suis mobilisé depuis des années. Plusieurs États, au domaine maritime important, comme la France, les États-Unis d'Amérique ou la Colombie, ont récemment annoncé la création d'aires marines protégées de très grandes dimensions. En Méditerranée comme dans différentes mers du monde, nous voyons se consolider et se développer les mesures de protection, en particulier des écosystèmes les plus fragiles.
Dans de nombreux domaines industriels, enfin, les innovations se multiplient pour favoriser une meilleure exploitation et une gestion plus durable des ressources marines. Des pompes à chaleur aux biocarburants, en passant par les éoliennes offshores et les hydroliennes, la mer apparaît de plus en plus comme l'un des enjeux centraux du nouveau modèle énergétique décarboné que l'humanité doit mettre en œuvre pour assurer son avenir et celui de la Planète.
Surtout, le lien est enfin fait entre océans et climat. À juste titre, ce lien est devenu une préoccupation centrale, comme en a témoigné l'an dernier l'adoption de l'Accord de Paris. Chacun comprend désormais le rôle déterminant des océans dans l'atténuation du changement climatique ainsi que l'importance du climat pour la préservation des mers et, à travers elles, de tous les équilibres de notre Planète.
Le rôle déterminant des puits de carbone océaniques, l'élévation du niveau des mers, les perturbations des systèmes climatiques entraînées par le réchauffement des mers, ou encore l'acidification et ses conséquences sur la biodiversité, sont autant de sujets désormais identifiés, qui reçoivent enfin l'attention qu'ils méritent.
Toutes ces nouvelles, évidemment, ne suffisent pas à nous rassurer complètement. Cette Journée vise à aller plus loin et plus vite, car de très nombreux sujets d'inquiétude persistent qui, pour certains, atteignent un degré critique. Nous devons avoir conscience toutefois, au moment d'aborder ces questions, du contexte historique favorable dans lequel nous nous trouvons. Nous devons avoir conscience de la responsabilité que ce contexte nous confère. Nous devons aussi comprendre que ce contexte ouvre pour nous le temps d'une action efficace et globale, pour les océans et le climat.
Puisque le monde est désormais prêt à se préoccuper des mers, à inventer une nouvelle manière de vivre avec elles, il est de notre devoir de lui proposer des solutions concrètes, utiles et efficaces, qui seules permettront de les préserver, et de préserver ainsi leur indispensable capacité d'atténuation du changement climatique.
Alors que s'ouvrent nos débats, je voudrais donc souligner trois pistes qui doivent être au cœur de nos ambitions.
La première est la nécessaire cohérence de notre appréhension des océans. Par leur taille et leur complexité, ils se prêtent souvent mal à une approche globale et nous avons légitimement tendance à les traiter de manière sectorielle. Or, nous ne pourrons aborder efficacement leurs problématiques, en particulier leurs interactions avec le climat, qu'en recherchant une plus grande unité de nos actions.
L'atténuation du changement climatique, la préservation de la biodiversité, la lutte contre la pollution, la limitation de l'acidification des océans, la protection des écosystèmes fragiles ou encore l'instauration d'une croissance bleue sont les divers aspects d'une même exigence : celle de conserver des océans en bonne santé, à même de continuer à jouer leur rôle indispensable dans l'équilibre de notre Planète et de son climat.
Cela passe donc par des interactions plus étroites entre les différents dossiers politiques sur lesquels nous travaillons aujourd'hui, aux Nations-Unies notamment. Cela implique surtout de faire de la question climatique un enjeu commun à tous ceux qui se préoccupent de la situation des océans. J'espère que cette Journée y contribuera.
Le deuxième point que je veux mettre en lumière est la nécessité de mieux partager les données, de travailler de manière plus concertée et connectée, en favorisant, notamment, les transferts d'information et de technologie, ou encore la coopération dans l'articulation des programmes conduits en différents points du globe, ainsi que la mise en réseau des aires marines protégées.
C'est ainsi que nous pourrons démultiplier l'efficacité de nos actions, partager nos bonnes pratiques, développer nos connaissances, mais aussi susciter des programmes plus vastes, à l'échelle des problèmes qui nous font face, à l'échelle aussi de la taille des océans.
Les moments d'échange comme celui qui nous réunit aujourd'hui doivent permettre de poser les fondements de notre action, qui devra être permanente et sans relâche.
Enfin, le troisième sujet qu'il nous faut aujourd'hui avoir en mémoire est celui de l'utilisation des ressources marines dans le développement de la croissance décarbonée qui demeure la grande ambition de ce siècle.
J'évoquais les énergies marines renouvelables qui, quelle que soit leur origine, ont un rôle majeur à jouer dans l'émergence d'une économie durable. Mais d'autres solutions sont également à rechercher dans nos mers, dont les ressources sont porteuses de potentialités considérables, pour l'alimentation, la santé ou l'industrie.
Ce sont toutes ces ressources marines, gérées durablement, qui nous permettront de construire un nouveau modèle décarboné : celui-là même qui est à l'ordre du jour de cette COP 22.
La poursuite de ces trois objectifs implique bien entendu des efforts importants : scientifiques, d'abord, mais aussi politiques et financiers. Cette Journée placée sous le signe de l'action nous permettra, je l'espère, de mieux identifier ces efforts, leur nature et leur importance, et de comprendre concrètement la manière appropriée de les consentir.
Telles sont les pistes que je voulais aujourd'hui livrer à votre réflexion, car je crois qu'elles peuvent orienter notre action en vue de préserver le climat et les océans. J'espère qu'elles sauront vous inspirer et nous aideront à avancer rapidement, car telle est aujourd'hui notre responsabilité. Comme l'a écrit Victor Hugo : “il vient une heure où protester ne suffit plus ; après la philosophie il faut l'action ; la vive force achève ce que l'idée a ébauché.”.
Partageons donc nos idées et ensemble agissons !
Je vous remercie. ».
À l'issue, des dirigeants du monde des transports durables se réunissaient afin de discuter de l'Agenda global de l'action sur les transports.
L'objectif de cette réunion était de souligner les progrès réalisés par le biais d'une quinzaine d'initiatives principales. Cet agenda qui couvre tous les modes de transport (aérien, routier et maritime) avec plus de 100 pays participants confirme la possibilité de lutter contre les émissions carbonées.
Les débats de cette journée des transports proposaient les thématiques suivantes : la nécessité de l'action, les initiatives de l'Agenda de l'action, les exemples de mise en œuvre progressive depuis la COP 21, les émissions électriques ou ultra-faibles, la mobilité, l'adaptation, le programme des années futures.
C'est à cette occasion que S.A.S. le Prince prononçait une nouvelle intervention sur la thématique du transport à faible émission carbone.
Après avoir dit toute l'importance qu'Il attache à la question des transports dans le cadre des discussions de la COP 22, Il a rappelé que « les transports représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre, dont l'éradication est désormais une priorité commune afin d'offrir à ce monde un avenir durable, dans lequel le progrès humain ne sera pas basé sur les dommages environnementaux.
Mais aussi que la mobilité détermine le mode de vie de chacun d'entre nous dans les dimensions individuelle et collective. La mobilité représente avant tout la liberté individuelle de se déplacer et de se connecter avec les autres. C'est aussi la base du commerce sur lequel notre développement est fondé. Plus généralement, c'est ce qui établit le lien entre les êtres humains, ce qui unit les nations et le monde, ce qui permet des possibilités de progrès.
Pour toutes ces raisons, le développement de nouveaux modes de transport, basés sur l'énergie propre, est une des tâches essentielles à accomplir, construire un monde plus durable, indemne des innombrables dommages environnementaux liés aux hydrocarbures.
Pour ce faire, nous connaissons les mécanismes à mettre en action. Ils sont technologiques par des efforts d'innovation industrielle, financiers par l'utilisation des ressources privées et publiques, politiques par le développement des transports publics et des flottes de véhicules publics propres ainsi que la mise en place d'infrastructures adéquates mais aussi éducatifs pour faire comprendre à nos contemporains que le temps est venu d'une mobilité propre. ».
Le Souverain a ensuite assisté à la course Formule E-Prix de Marrakech. Il était notamment accompagné par Mme Catherine Novelli, sous-secrétaire d'État américaine à la Croissance économique, à l'Énergie et à l'Environnement, de M. Salah Eddine Mezouar, ministre des Affaires étrangères du Maroc et président de la COP 22, de S.E. M. Bernard Fautrier, ainsi que de M. Bertrand Piccard, aéronaute et explorateur.
En fin d'après-midi, le segment méditerranéen de la journée des océans s'est tenu au pavillon de France en présence de Mme Ségolène Royal. Après plusieurs interventions sur le thème de la préservation de la mer Méditerranée, S.A.S. le Prince en prononçait la conclusion.
« Mesdames les Ministres,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
Je veux tout d'abord remercier la République française et Madame la Ministre Ségolène Royal en particulier, d'avoir accueilli cette rencontre. Je veux remercier aussi Madame la Ministre Hakima El Haite de sa présence et de son engagement pour les mers et plus particulièrement pour la Méditerranée.
Cette question de la Méditerranée est pour nous tous ici vitale et nos échanges l'ont bien montré.
La Méditerranée est vitale parce que nous vivons autour de cette mer dont nous tirons une part de notre subsistance, et qui détermine en grande partie les équilibres écologiques de notre région.
Elle est vitale aussi parce qu'elle est plus menacée que les autres mers, alors même qu'elle abrite une part très importante de la biodiversité et de la richesse naturelle de la Planète.
Elle est vitale enfin parce qu'elle a, pour chacun de nous, une signification particulière.
Depuis des millénaires, la Méditerranée est au cœur de nos civilisations, de nos progrès, de nos rêves. C'est sur ses rivages que sont nées les grandes civilisations et religions qui ont façonné le monde, et que l'humanité a développé nombre de grandes inventions.
Comme l'a résumé le grand écrivain français Stendhal : “les plus beaux souvenirs de l'espèce humaine et ses regrets les plus profonds se lient aux rivages de cette mer”.
Nos regrets les plus profonds, aujourd'hui, apparaissent en effet autour de cette mer qui concentre nombre des périls qui menacent notre planète.
Ses tensions économiques, sociales, culturelles et religieuses, bien sûr. Ses problématiques de peuplement, d'urbanisation, ou encore de migrations. Mais également les limites d'un modèle de croissance et les lacunes d'une organisation qui posent la question, sinon de notre survie, du moins de la pérennité de notre environnement et des conditions matérielles de notre développement.
C'est pourquoi il est essentiel d'examiner aujourd'hui sa situation, comme vous nous avez opportunément invités à le faire. C'est pourquoi il est également crucial d'identifier et de mettre en place ensemble les mécanismes qui nous permettront d'assurer son avenir.
À cet égard, les actions et réalisations concrètes qui viennent d'être évoquées sont autant de motifs d'espoir et de satisfaction.
Mais les spécificités de la Méditerranée me conduisent à revenir sur certains points. Si certaines initiatives peuvent être prises par chaque État riverain, comme cela a été évoqué, cela ne doit pas occulter l'importance, en Méditerranée peut-être plus qu'ailleurs, d'actions collectives.
Du fait de sa taille, sa fragilité et sa situation politique, la Méditerranée exige peut-être plus qu'aucune autre mer une approche concertée.
Je pense, notamment, aux instruments juridiques régionaux, comme l'accord RAMOGE de prévention et de lutte contre la pollution, signé avec la France et l'Italie, et dont nous avons célébré cette année les quarante ans, ou comme le sanctuaire PELAGOS, créé avec les mêmes partenaires, pour la protection des mammifères marins. Je pense aussi aux institutions multilatérales couvrant toute la zone, et qui ont une importance particulière. Outre bien entendu les mécanismes de la Convention de Barcelone, je voudrais évoquer l'ACCOBAMS, dont Monaco héberge le siège et dont les travaux sont essentiels pour la pérennisation de nombreuses espèces de notre mer. Je veux également citer la CIESM dont les études nourrissent si utilement nos réflexions.
Cette approche concertée peut se traduire de surcroît par la mise en œuvre de mécanismes plus souples, comme ce fonds fiduciaire que Monaco a conçu avec la France et la Tunisie, rejoints désormais par d'autres États et organisations de la société civile, afin de développer les aires marines protégées.
Cette approche peut enfin prendre l'aspect d'initiatives associant les sociétés civiles, comme la Task Force contre les pollutions plastiques “Beyond Plastic Med”, ou BeMed, que nous avons lancée en 2015 à la suite d'une réunion internationale tenue à Monaco. Cette coalition a pour objectif de soutenir des solutions citoyennes innovantes, en partenariat avec le secteur privé, les ONG et la communauté scientifique.
Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'en reparler ici même dans deux jours, lors de la réunion que nous tiendrons sur ce sujet précis.
Chacune à sa manière, ces initiatives ont prouvé la pertinence d'une approche collective, concertée et partenariale, fondée sur l'échange, le dialogue et la complémentarité.
C'est pourquoi je souhaite que cette approche soit renforcée et développée en Méditerranée, avec notamment d'autres partenaires : d'autres États, bien sûr, mais aussi d'autres forces vives issues des sociétés civiles. Car c'est collectivement que nous pourrons assurer l'avenir de cette mer. Un avenir qui nous concerne tous, qui nous oblige tous et doit tous nous rassembler.
À cet égard, je voudrais insister avec vous sur deux points qui me semblent particulièrement sensibles.
Il serait tout d'abord opportun que les États riverains de la Méditerranée s'inspirent de l'initiative prise en mer Baltique et conjuguent leurs efforts en vue d'établir, dans notre mer et dans le cadre de la Convention MARPOL, une zone de contrôle des émissions d'oxyde d'azote (Nitrogen Oxide Emission Control Areas - NECA). Les récentes avancées constatées au sein de l'OMI pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre du transport maritime doivent nous y inciter au regard, notamment, de l'urgence qu'il y a à réduire significativement les pollutions à l'oxyde d'azote par les navires.
Par ailleurs, les changements climatiques ont déjà en Méditerranée des impacts particulièrement lourds sur les plans humain, écologique et économique, d'autant qu'ils se conjuguent à d'autres pressions anthropiques très fortes, telles que les pollutions telluriques ou le tourisme de masse.
Je pense, par conséquent, que nous devrions rappeler l'urgence qu'il y a à disposer des connaissances scientifiques aptes à fonder des politiques publiques adaptées à ces changements climatiques.
C'est pourquoi il me paraît souhaitable que nous appelions le GIEC, au début de son 6e cycle d'évaluation, à renforcer la production de données et de scénarii pertinents au niveau régional, notamment dans son Rapport spécial consacré à l'Océan.
Dans un contexte aussi complexe que celui de la Méditerranée, nous n'avons pas d'autre alternative que de travailler ensemble à des solutions concrètes, en évaluant tous les aspects d'une réalité particulièrement multiforme. C'est la clé de notre avenir à tous.
Fidèle à son Histoire et à sa tradition de progrès et d'invention, la Méditerranée doit aujourd'hui nous inciter à construire de nouvelles synergies, seules de nature à répondre aux défis de ce monde.
C'est je crois, l'un des objectifs de cette réunion que d'en identifier les contours et d'en imaginer le contenu. De nombreuses pistes ont été tracées qui nous autorisent à espérer que cette mer continue à alimenter nos rêves, bien plus que nos regrets.
Je vous remercie. »
Lundi 14 novembre, S.A.S. le Prince Albert II a reçu en audience Mme Patricia Espinosa, secrétaire exécutif de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Ils ont abordé différents sujets comme la nécessité de maintenir la dynamique politique initiée lors de la COP 21, seule à même d'assurer une mise en œuvre effective de l'Accord de Paris.
Le Souverain a ensuite participé à la conférence « déchets plastiques en milieu marin » organisée au Pavillon de France. À cette occasion, S.A.S. le Prince a signé la déclaration d'intention pour le lancement de la coalition internationale afin de réduire les déchets plastiques en mer. Monaco, la France, le Maroc, le Chili et l'Australie ont déjà rejoint cette coalition.
La journée du mardi 15 novembre était consacrée à l'ouverture du segment de haut niveau de la COP 22\.
S.A.S. le Prince Albert II y était accueilli par
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, M. Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies et M. Salaheddine Mezouar.
Au cours de la matinée a été célébrée l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris en présence notamment de
S.M. le Roi Mohammed VI, M. François Hollande, président de la République française et du secrétaire général, M. Ban Ki-Moon. Cent vingt-six pays avaient alors ratifié l'accord de Paris sur le climat.
Par la suite, l'ensemble des chefs d'État et de Gouvernement étaient conviés à un déjeuner au
Palais royal de Marrakech. L'après-midi était
consacrée aux discours nationaux. À cet égard,
le Souverain S'est exprimé au nom du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) auquel Monaco appartient.
“Thank you, Mr President,
I have the honour of delivering this statement on behalf of the Environmental Integrity Group, comprising Liechtenstein, Mexico, Monaco, the Republic of Korea and Switzerland.
Firstly, I would like to express our gratitude to the Moroccan Government and population for their hospitality and for the arrangements made to hold this important conference.
Mister President, in Paris, thanks to the commitment of all Parties, we were able to reach a historical result. We adopted an ambitious, universal, durable and legally binding agreement that allows us to build low-carbon and resilient societies.
It is remarkable that the Paris Agreement entered into force just 11 months after agreeing on its content. That proves that the strong political momentum we created in Paris last year is still with us.
We have to maintain this positive spirit to move forward, in due time, the work programme in order to ensure an effective implementation of the Paris Agreement.
The EIG is willing to contribute practically to this important work, which has to guarantee clarity, transparency and the comprehensiveness of the new regime.
All these procedures and modalities have to constitute a robust system, which will allow Parties to increase the level of ambition needed to achieve the long-term goals over the years.
Bearing this in mind, it is also crucial to enhance
pre-2020 actions. The EIG would like to highlight the significant role of the High level Champions to ensure a better coordination between Parties and Non-party stakeholders. All their efforts converge to fulfil a common goal: to protect our planet and the entire humankind from the impact of adverse climate change.
The EIG welcomes the roadmap to achieve
the 100 billion USD goal produced by the developed countries and looks forward to holding fruitful exchanges about it.
We also believe that in order to get closer to our 1.5°C goal, synergy with other international conventions, such as the other Rio Conventions and the SDG process, has to be strengthened. With this in mind, we welcome the major achievements from within the framework of the Montreal Protocol, the IMO and the ICAO.
Mr President,
In 2001 Marrakesh was the host of the historical, so called, Marrakech Accords which allow the Kyoto Protocol to become operational. Today, 15 years later we are experiencing another historical moment here in Marrakesh - the first Meeting of the Parties to the Paris Agreement.
Mr President, the EIG stands ready at your side to do it again - let's start making the Paris Agreement operational!
Thank you Mr President, let me now switch into French to speak on behalf of my country.”
« Mesdames et Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement, Chers Amis,
Nous sommes ici réunis pour traiter d'un sujet universel et brûlant : celui des moyens concrets par lesquels nous limiterons le réchauffement climatique, atténuerons ses conséquences et préserverons notre Planète et ses équilibres.
Le sujet qui nous réunit aujourd'hui concerne tous les continents et tous les pays, toutes les catégories sociales et toutes les régions. Mais aussi toutes les espèces vivantes, les terres émergées aussi bien que les mers. Il concerne avant tout les générations à venir.
Il y a un an, l'accord historique signé à Paris a réuni 195 États autour d'une même volonté. Le défi auquel nous sommes aujourd'hui confrontés est de rassembler autour de cette volonté 195 pays, 195 opinions publiques, 195 sociétés civiles, des milliers d'ONG, des centaines de milliers de collectivités locales, des millions d'entreprises… et sept milliards d'individus.
Ce défi est aussi d'apporter à un problème universel une réponse qui le soit tout autant, en mobilisant nos contemporains, en les convaincant de construire avec nous le changement dont notre Planète a besoin, et en agissant à tous les niveaux.
Agir à tous les niveaux, cela signifie, bien sûr, agir directement contre les émissions de gaz à effet de serre, conformément à nos décisions prises à Paris.
La Principauté de Monaco, à cet égard, s'est fixée des objectifs précis, auxquels elle se tiendra. Ils lui permettront, dès 2030, d'atteindre une diminution de 50 % de ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, puis de viser l'objectif de la neutralité carbone dès 2050\. Nous le ferons par une action portant sur la mobilité, le traitement des déchets et l'efficacité énergétique des bâtiments débarrassés de l'utilisation de sources d'énergies fossiles.
Agir à tous les niveaux, c'est aussi agir au-delà des terres dont nous avons la responsabilité. En particulier pour préserver les océans, dont nous savons le rôle déterminant pour le climat des Continents.
Notre Planète est à plus de 70 % recouverte par les mers. Celles-ci absorbent plus de 90 % de l'excès de chaleur produit par les activités humaines. Elles contiennent cinquante fois plus de carbone que l'atmosphère et stockent plus du quart des émissions anthropiques de CO2.
Pour que les mers conservent leur irremplaçable pouvoir de régulation du climat et d'atténuation du changement climatique, nous devons absolument les maintenir en bonne santé, préserver leurs écosystèmes, protéger leur biodiversité et garantir leurs équilibres.
Des progrès importants ont été accomplis en ce sens depuis quelques temps. Mais il est important d'aller plus loin, plus vite et de tout mettre en œuvre pour que les océans, qui sont nos principaux alliés contre le changement climatique, n'en soient pas les premières victimes.
Le combat universel contre le réchauffement de la Terre se livre aujourd'hui sur toute la surface de la Planète, en mobilisant toutes les énergies et l'Humanité toute entière.
Je vous remercie. »
Tout au long de la COP 22, le Souverain a également participé à des tables rondes telles que « Oceans and climate : science solutions », « Global climate finance action summit », « Déchets plastiques en milieu marin » et « Because the Ocean » où Il S'est exprimé. Il a quitté Marrakech le 16 novembre pour rejoindre Monaco.

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